Vous avez passé des années à maîtriser votre sujet. Vos slides sont impeccables. Votre discours est rodé. Et pourtant, vous sentez que quelque chose coince.

Les participants décrochent après 20 minutes. Les questions sont rares. Les évaluations disent « intéressant » — jamais « transformateur ».

Le problème n’est pas votre expertise. C’est votre posture.

Le formateur du XXIe siècle ne peut plus être un simple transmetteur de connaissances. Il doit devenir facilitateur d’apprentissage.

Ce virage est exigeant. Mais il change tout.


Pourquoi le modèle transmissif ne fonctionne plus

L’information est partout

Tout ce que vous savez, vos participants peuvent le trouver sur Google, YouTube ou ChatGPT. Votre valeur ajoutée n’est plus dans le contenu que vous détenez. Elle est dans ce que vous faites vivre.

Le cerveau apprend par l’action

Les neurosciences sont claires : on retient 10% de ce qu’on lit, 20% de ce qu’on entend, 90% de ce qu’on fait. Votre beau PowerPoint de 80 slides ? Il laisse des traces pendant 48h. Maximum.

Les attentes ont changé

Les nouvelles générations (et les moins nouvelles aussi) veulent être acteurs de leur apprentissage. Elles rejettent la posture descendante du « sachant » qui sait et de « l’apprenant » qui reçoit.

Le temps est compté

Personne n’a plus 2 jours à consacrer à une formation descendante. Le format doit être intense, engageant, productif. Sinon, c’est perçu comme du temps perdu.


Formateur vs Facilitateur : les 5 différences clés

| Formateur-transmetteur | Formateur-facilitateur |
|————————|————————|
| Détient le savoir | Fait émerger le savoir du groupe |
| Parle 80% du temps | Écoute 80% du temps |
| Suit un plan rigide | Adapte selon les besoins |
| Évalue la mémorisation | Évalue la transformation |
| Est au centre | Met le groupe au centre |

Le formateur-facilitateur n’abandonne pas son expertise. Il la met au service du groupe, au bon moment, sous la bonne forme.


Les 5 compétences à développer

1. L’art du questionnement

Le formateur-transmetteur affirme. Le formateur-facilitateur questionne.

Pas n’importe quelles questions. Des questions ouvertes, qui font réfléchir, qui connectent la théorie à la réalité des participants.

Au lieu de : « La méthode X comporte 5 étapes… »
Essayez : « Qu’est-ce qui bloque quand vous essayez de faire X ? »

La réponse des participants devient la porte d’entrée vers votre contenu.

2. La conception d’activités engageantes

Chaque bloc de contenu doit être suivi (ou précédé) d’une activité qui ancre l’apprentissage :

    • Études de cas tirées du quotidien des participants
    • Mises en situation avec feedback entre pairs
    • Temps de réflexion individuelle puis partage
    • Création de livrables applicables immédiatement

Les formations les plus efficaces sont celles où les participants produisent, pas celles où ils écoutent.

3. La gestion de la dynamique de groupe

Un groupe n’est pas une collection d’individus. C’est un système vivant avec ses tensions, ses alliances, ses silencieux et ses bavards.

Le formateur-facilitateur sait :

    • Lire l’énergie du groupe
    • Créer un climat de sécurité psychologique
    • Gérer les personnalités difficiles
    • Faire émerger la parole de tous

Ces compétences s’apprennent. Elles font la différence entre une formation « correcte » et une formation mémorable.

4. L’agilité pédagogique

Votre plan prévoyait 30 minutes sur le sujet A. Mais le groupe accroche sur le sujet B. Que faites-vous ?

Le formateur-transmetteur s’accroche à son plan. Le formateur-facilitateur ajuste.

Cela demande de bien connaître ses objectifs (pour ne pas les perdre) et d’être à l’aise avec l’imprévu (pour saisir les opportunités).

5. La posture basse

La posture basse, ce n’est pas être faible. C’est mettre son ego de côté pour que le groupe brille.

Concrètement :

    • Dire « je ne sais pas » quand c’est vrai
    • Valoriser les contributions des participants
    • Accepter que le groupe produise mieux que ce que vous auriez fait seul

Cette posture est exigeante pour qui a construit son identité sur le statut d’expert. Mais elle décuple l’impact.


Le virage : comment amorcer la transition

Étape 1 : Auditez vos formations actuelles

Reprenez une de vos formations récentes. Comptez :

    • Combien de temps vous parlez vs. combien de temps les participants travaillent
    • Combien de questions vous posez vs. combien d’affirmations vous faites
    • Combien de livrables les participants produisent

Si vous parlez plus de 50% du temps, il y a du travail.

Étape 2 : Transformez un module

Ne refondez pas tout d’un coup. Prenez un module d’une heure et réinventez-le en mode facilitatif :

  • 10 min d’introduction et de questionnement
  • 30 min d’activité en sous-groupes
  • 15 min de restitution et synthèse collective
  • 5 min de temps réflexif individuel

Testez. Ajustez. Apprenez.

Étape 3 : Formez-vous à la facilitation

Lire des livres aide. Mais rien ne remplace la pratique encadrée.

Une formation à la facilitation vous donne les outils, les techniques et surtout l’expérience de faciliter dans un cadre sécurisé.

Étape 4 : Acceptez l’inconfort

Les premiers temps, vous vous sentirez moins « utile ». Vous parlerez moins. Vous contrôlerez moins.

C’est normal. C’est le signe que vous lâchez prise sur le modèle transmissif.

La valeur que vous créez est moins visible mais plus profonde.


Les résistances à dépasser

Je suis payé pour mon expertise

Oui. Et cette expertise s’exprime différemment. Au lieu de la réciter, vous la mobilisez pour poser les bonnes questions, créer les bons exercices, faire les bonnes synthèses.

Les participants s’attendent à recevoir du contenu

Peut-être au début. Mais quand ils vivent une expérience qui les transforme vraiment, ils ne reviennent jamais au format descendant.

Je perds le contrôle

Vous gagnez en impact. C’est un échange, pas une perte.

Ça demande plus de préparation

Au début, oui. Mais une fois les activités créées, elles sont réutilisables. Et les formations deviennent plus légères à animer.


FAQ – Du formateur au facilitateur

Faut-il abandonner tout contenu magistral ?

Non. Certains apports théoriques sont nécessaires. L’enjeu est de les doser (max 20-30% du temps) et de les rendre interactifs.

Comment gérer les participants qui veulent « recevoir » ?

Expliquez le pourquoi de l’approche en début de session. « Vous repartirez avec des outils que vous aurez testés, pas juste entendus. » La plupart adhèrent.

Est-ce adapté à tous les sujets ?

Oui, même les plus techniques. Tout sujet peut être enseigné de manière active. C’est une question de créativité pédagogique.

Comment prouver l’efficacité aux commanditaires ?

Mesurez les changements de comportement, pas juste la satisfaction à chaud. « 3 mois après, X% des participants utilisent la méthode au quotidien. »

Combien de temps pour faire cette transition ?

Comptez 6 à 12 mois pour transformer significativement votre pratique. C’est un chemin, pas un switch.


Le mot de la fin

Le formateur-transmetteur était adapté à un monde où le savoir était rare et les experts, précieux.

Ce monde n’existe plus.

Le formateur-facilitateur est adapté à un monde où l’information abonde et où la vraie valeur est dans la transformation.

Ce virage n’est pas une mode. C’est une évolution nécessaire.

La question n’est pas « si » vous devez changer. C’est « quand » vous commencez.

Et vous, c’est pour quand ?