# Reconstruire un CODIR en transformation : les étapes

Une fusion. Un nouveau PDG. Une réorganisation. Une personne clé qui s’en va. Un nouveau directeur qui arrive d’ailleurs.

Soudain, votre CODIR n’existe plus. Il y a une salle avec des gens et des fauteuils, mais le CODIR n’existe pas.

Vous avez trois options. Ignorer le problème et attendre que ça se fasse naturellement. C’est long. Ça coûte de l’énergie. Les gens tournent autour du pot.

Faire une journée en séminaire pour « créer de la cohésion ». C’est sympa. C’est oublié trois jours après.

Ou faire un vrai travail de reconstruction. Clair. Rapide. Méthode.

C’est ce qu’on va explorer ici. C’est ce que font les CODIR qui réussissent après une secousse.

Étape 1 : faire le diagnostic sans passer par le filtre CODIR

C’est la clé. Si vous demandez au CODIR de parler de lui-même, vous obtenez de la belle parole. Personne ne dit rien. Tout le monde a l’air de s’entendre. Tout va bien.

Vous ne voyez rien des vrais enjeux.

Ce que vous faites à la place : des entretiens individuels. Quarante-cinq minutes avec chaque membre du CODIR. Confidentiels. Anonymes.

Vous posez trois questions simples :

  • Qu’est-ce qui fonctionne bien dans ce CODIR maintenant ?
  • Qu’est-ce qui coince ?
  • Qu’est-ce que tu n’oserais pas dire en réunion ?

Vous écoutez vraiment. Vous prenez des notes. Vous repérez les tensions. Vous voyez où ça diverge. Vous voyez aussi ce qui tient.

Ensuite, vous synthétisez sans nommer personne. Vous construisez une restitution anonyme. Les patterns émergent. Les angles morts apparaissent.

C’est fondamental. On ne peut pas reconstruire un CODIR en travaillant sur la façade. Il faut aller voir ce qui bouge dessous.

Étape 2 : restituer le diagnostic partagé

Vous êtes tous en salle. Vous restituez le diagnostic. Pas des accusations. Des observations factuelles.

« Ce qui revient plusieurs fois : le cap n’est pas clair. » « Ce qui coince : on n’ose pas parler des vraies divergences. » « Ce qui marche : vous tous avez envie que ça fonctionne. »

Les gens reconnaissent ce qu’ils reconnaissent. Personne ne se sent mis en avant. Mais tout le monde voit qu’il y a quelque chose à construire vraiment.

C’est le moment où le travail commence. Jusqu’à présent, vous aviez une façade. Maintenant, vous avez une base commune. Vous dites tous la même chose : « Il y a du boulot. »

C’est un soulagement bizarre. Les gens expiraient sans le dire. Maintenant, on peut respirer.

Étape 3 : co-construire le cap

Vous partez du diagnostic. Vous regardez vers l’avant.

Pas de stratégie long terme. C’est trop abstrait pour un CODIR en reconstruction. Vous construisez le cap à trois ou six mois.

Vous demandez : « Si ce CODIR fonctionne bien à trois mois, ça ressemble à quoi ? » Chacun répond. Les divergences remontent.

Vous écoutez. Vous trouvez ce qui unit malgré les divergences. C’est ça, le cap.

Ce n’est pas un texte beau. C’est quelque chose d’utile. Quelque chose qui donne direction. Quelque chose que chacun peut s’approprier.

Un exemple : « On décide ensemble en trois heures au lieu de six, les gens comprennent pourquoi, les décisions se mettent en place. »

Ce n’est pas lyrisme. C’est utile. Ça donne une direction mesurable.

Étape 4 : identifier les trois chantiers prioritaires

Vous avez un cap. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait pour y aller ?

Vous lister les obstacles. Vous regardez les trois qui coûtent le plus cher si on ne les traite pas.

Ce ne sont généralement pas les obstacles visibles. C’est rarement « notre processus de décision » ou « notre planning ». C’est « les tensions entre ventes et opérations » ou « la confiance entre le PDG et le directeur que je remplace ».

Vous nommez les trois chantiers. Vous désignez un pilote pour chacun. Vous posez une première étape concrète pour deux semaines après.

Un exemple de chantier : « Recréer la confiance opération-ventes à travers des standups bi-mensuels où on parle des vrais blocages. »

Ça peut paraître trivial. C’est ça qui marche. Les choses triviales, les CODIR ne les font pas. Elles passent parce que c’est « évident ». Et rien ne bouge.

Étape 5 : fixer les engagements et les règles du jeu

Vous êtes vers la fin de la journée. Le CODIR commence à sentir que quelque chose bouge.

Vous dites : « Bon. On vient de co-construire un cap. On a identifié trois chantiers. Pour que ça fonctionne vraiment, on a besoin de quelques règles du jeu entre nous. »

Vous les écrivez ensemble. Pas de directive. Co-construites.

Ça peut être : « On se dit les vrais divergences. On n’a pas besoin d’être d’accord au départ, mais on a besoin d’être transparent. » Ou : « Un engagement pris en CODIR, c’est en trois jours à la personne concernée. Pas d’attente vague. »

Vous les signez. Symboliquement. Ça crée un engagement.

Ensuite, vous programmez les rendez-vous. Pas un suivi annuel. Un suivi concret. J plus 15 jours pour voir les trois chantiers. J plus 90 jours pour voir si le cap a vraiment bougé.

C’est peu. C’est intense. Ça force le CODIR à avancer vraiment.

Ce qui change concrètement

Après ça, votre CODIR fonctionne différemment.

Les gens se disent les vrais trucs. Pas parce qu’ils s’aiment d’un coup. Parce qu’il y a une structure. Une permission. Un temps pour.

Les décisions descendent. Parce qu’elles ont été co-construites, pas imposées.

L’énergie monte. Parce qu’il y a un cap clair et du mouvement visible.

Les trois mois suivants, vous voyez de vrais résultats. Les CODIR oublient souvent de regarder. Vous vous arrêtez à J plus 90. Vous regardez ce qui s’est vraiment passé. Ce que vous auriez dû ajuster. Ce qui marche.

C’est le secret que les CODIR qui réussissent savent : c’est la pratique qui crée la cohésion. Pas la cohésion qui crée la pratique.

Les pièges à éviter

Piège 1 : ignorer que la reconstruction prend du temps.

Vous avez l’impression que deux jours suffisent. C’est vrai pour former les gens. Mais pour que les gens commencent à vraiment fonctionner ensemble, il faut trois mois minimum. Les entretiens avant. Les rituels après. L’attention.

Piège 2 : laisser le diagnostic en surface.

« Ça coince un peu au niveau du cap. » C’est faible. Vous avez besoin de voir où vraiment ça coince. Souvent c’est plus brutal : « Je ne fais pas confiance au PDG » ou « On n’a jamais eu cette conversation ».

Piège 3 : fixer un cap qui plaît au boss au lieu d’un cap qui rassemble.

Les gens le sentent. Le cap doit venir du CODIR, pas du PDG qui le met dans leur bouche.

Piège 4 : ne pas nommer les tensions qui persistent.

Parfois, même après le travail, il y a une tension qu’on ne peut pas résoudre tout de suite. Une divergence profonde. Vous la nommez. Vous dites : « Ça va nous prendre du temps. Pendant ce temps, voilà comment on fonctionne. » C’est honnête. Ça fonctionne.

Quand appeler un facilitateur

Vous pouvez faire le diagnostic et la restitution seul si vous êtes vraiment à l’aise. Mais la co-construction du cap et des chantiers, c’est mieux avec quelqu’un d’extérieur.

Pourquoi ? Parce que vous êtes dedans. Vous avez une position. Vous voyez la partie du système que vous voyez. Un bon facilitateur voit les angles morts. Il pose des questions que vous ne poseriez pas.

C’est ça qu’on fait au Bootcamp CODIR en transformation. On traite spécifiquement les CODIR qui bougent. Fusion, réorg, nouvelles personnes. Le déroulé est celui-ci : entretiens, diagnostic, co-construction, engagements. Vous apprenez aussi à poser les bonnes questions systémiques pour faciliter la reconstruction plutôt que d’imposer.

Vous pouvez aussi vous former vous-même. La formation CODIR couvre le questionnement systémique qui vous permet de poser les bonnes questions en reconstruction. Vous pouvez aussi découvrir le rôle de facilitateur pour apprendre à guider votre CODIR en transition sans imposer.

Ce qui marche vraiment

Les CODIR qui réussissent la reconstruction font ça simplement.

Ils ne partent pas de la théorie. Ils partent du diagnostic concret. « Voilà ce qui bouge vraiment dans ce CODIR. »

Ils co-construisent le cap, pas ils le posent.

Ils choisissent trois chantiers et un pilote clair pour chacun.

Ils créent des règles du jeu entre eux.

Ils se donnent un rendez-vous court.

Trois mois plus tard, il y a un vrai CODIR qui fonctionne. Pas parfait. Mais vivant.

Questions fréquentes

Et si les entretiens individuels sont déprimants ? Si tout le monde dit que ça ne fonctionne pas ?

C’est bon signe. Ça veut dire que c’est honnête. Et qu’il y a du travail à faire. Les entretiens qui vous dépriment sont souvent plus utiles que les entretiens mous. Vous voyez ce qui vraiment coince. Et vous pouvez le transformer.

On n’a pas trois mois avant que le CODIR soit utile. Ça va trop vite.

Vous pouvez accélérer. Mais vous allez perdre de l’énergie en chemin. L’enjeu, c’est que trois mois c’est peu. C’est vraiment le cycle minimal. Moins que ça, vous faites juste un atelier lisse.

Et si c’est une fusion hostile ? Comment on reconstruit quand les gens ne se font pas confiance vraiment ?

C’est plus dur. Vous avez besoin d’un facilitateur vraiment calé sur la gestion des tensions. Mais le déroulé reste le même. Les entretiens sont encore plus importants. Le diagnostic est encore plus central. Et le travail sur la confiance prend plus longtemps.

Faut-il que le PDG soit dedans pour que ça marche ?

Oui. Si le PDG se tient à l’écart, le CODIR verra ça comme du spectacle. Le PDG doit être impliqué. Il n’a pas besoin de mener. Il faut qu’il participe vraiment.

Comment on sait si la reconstruction a vraiment marché ?

Regardez trois choses. Les décisions se mettent-elles en place sans qu’il faille les rappeler ? Les gens disent-ils les vrais trucs en CODIR ou juste après ? L’énergie remonte-t-elle chez les managers qui reçoivent les décisions ? Si c’est oui à tous les trois, le CODIR s’est reconstruit.

Et après ? On fait quoi pour que ça dure ?

Vous gardez le rituel. Vous gardez la possibilité de parler vraiment. Vous gardez les rendez-vous courts. Et chaque trimestre, vous vous posez la question : « Est-ce qu’on fonctionne vraiment bien ? » Si oui, vous continuez. Si ça regrinde, vous vous rappellez pourquoi ça marche et vous réajustez.