« On a réorganisé trois fois. Les silos sont toujours là. »

Vous avez mis la vente et le marketing ensemble. Les silos entre services persistaient. Vous avez créé un pôle client. Rien. Vous avez placé des responsables transversaux. Toujours pareil.

Chaque service reste dans son coin. Les gens ne se parlent pas vraiment. L’information remonte jusqu’à vous. Elle ne circule pas latéralement.

Et vous pensez : « Il faut réorganiser. Encore. Vraiment. »

Stop.

Pourquoi réorganiser ne casse pas les silos entre services

Un silo n’est pas un problème d’organigramme. C’est un problème de raison pour coopérer.

Les gens travaillent en silo parce qu’ils n’ont aucune raison partagée de faire autrement. Leur tableau de bord est individuel. Leur prime est individuelle. Leur objectif est individuel.

Et vous venez de mettre les directeurs de ces silos dans le même bâtiment. Ça change quoi ? Ils se croisent à la café. La mécanique reste la même.

Réorganiser c’est bouger les boîtes de l’organigramme. C’est du théâtre. Derrière, les gens continuent à optimiser leur coin.

Pourquoi ? Parce que vous ne leur avez pas dit pourquoi ils devraient coopérer. Vous avez juste dit : « Voilà votre nouveau chef. À vous de vous débrouiller. »

C’est pas comme ça que la coopération émerge.

Le vrai problème : pas de raison partagée de coopérer

Sur le terrain, les gens demandent toujours la même chose. « Pourquoi je dois partager mes infos avec l’autre service ? Ça va ralentir mon projet. »

Et ils ont raison. Si le système ne les récompense pas pour la coopération, pourquoi la feraient-ils ?

Dans les boîtes où les silos existent, c’est toujours pareil : pas de vision commune. Pas d’objectif partagé. Pas de métriques communes.

Chaque service voit l’autre comme une ressource. Pas comme un partenaire. Et les ressources on les utilise à minima.

Vous avez créé ça sans le vouloir. Pendant des années. En disant : « Marketing vise 500 leads par mois. Vente vise 100 contrats signés. Ops vise zéro incident. »

Trois mondes. Zéro lien.

La voie qui marche : créer les conditions de la coopération

Ça commence par une question simple. « Quel est notre objectif vraiment commun ? »

Pas trois objectifs qui se choquent. Un objectif. Partagé. Qui force la coopération.

Ça peut être : « Augmenter la rétention client de 10 %. » Tout de suite, marketing, vente et ops doivent se parler. Sinon ça ne marche pas.

Ensuite, il faut créer des espaces où ces gens se parlent. Pas des réunions de synthèse. Des espaces de travail inter-services. Où ils construisent ensemble.

Ça prend du temps. Trois ou quatre sessions. Mais le premier truc qui change : les gens se comprennent. Ils voient l’autre côté. Ils commencent à inventer ensemble.

Et puis vient le Futur Désiré commun. Qu’est-ce qu’on construit ensemble ? Pas chacun dans son coin. Ensemble. Pour de vrai.

Un Futur Désiré c’est pas vague. C’est une image concrète. « En six mois, on va avoir lancé trois produits nouveaux ensemble. Pour ça, Marketing aura fait deux campagnes. Vente aura formé l’équipe. Ops aura mis en place les outils. »

Et surtout : « On va se parler avant, pas après. On va prendre les décisions ensemble. »

C’est ça qui change tout.

Une fois qu’on a ça, les silos ne disparaissent pas du jour au lendemain. Mais ils commencent à avoir des portes. Des gens qui passent par les portes. Qui coordonnent.

Comment mettre en place les espaces inter-services

Dans les boîtes, quand on décide de vraiment casser les silos, ça commence par une première session. Quatre ou cinq heures. Vous y mettez les directeurs de chaque silo.

Et vous faites deux choses. D’abord vous nommez les frictions. « Vente dit que Marketing ne livre pas les bons leads. Marketing dit que Vente n’utilise pas les outils. Ops dit qu’on lui demande n’importe quoi sans préparer. »

Tout le monde le savait. Mais de l’entendre ensemble, c’est différent. Ça crée une base commune.

Ensuite vous travaillez sur ce futur désiré commun. Pas à distance. Ensemble. « Dans six mois, qu’est-ce qu’on aura réussi ensemble que vous ne pouvez pas faire seuls ? »

Et puis vous réglez les mécaniques. Qui se parle quand ? Qui décide quoi ? Où est la limite entre ta zone et la mienne ?

Après ça, la première chose qu’il faut, c’est de la continuité. Pas une réunion. Des sessions régulières. Hebdomadaires ou bihebdomadaires. Pour travailler vraiment sur les projets communs.

C’est pas une réunion de synthèse. C’est du travail. On construit ensemble. Les décisions se prennent ensemble.

Et là, quelque chose change. Les gens commencent à se comprendre. Ils voient les contraintes de l’autre. Ils ne sont plus des rivaux. Ils sont des partenaires.

Ce que ça donne quand on facilite au lieu de réorganiser

Dans les boîtes où on a fait ça correctement, trois choses changent.

D’abord, l’information circule autrement. Pas besoin de remonter jusqu’au patron pour être partagée. Les gens se parlent directement.

Ensuite, les projets avancent plus vite. Pas parce que tout le monde travaille plus. Mais parce qu’on ne perd pas du temps à gérer des conflits de territoire. Une décision qui prenait trois mois parce qu’il fallait passer par le patron à chaque étape ? Maintenant ça prend trois semaines. Les gens décident ensemble. Plus vite. Mieux.

Enfin, les gens reviennent. Les meilleurs, ceux qui savent que la coopération est plus forte que la compétition interne, ils reviennent. Les autres, pas sûr.

Ça crée une sélection naturelle. Pas brutale. Juste : dans ce système, tu peux contribuer vraiment ou tu restes dans ton coin. Beaucoup choisissent de contribuer.

Et puis il y a une quatrième chose. Les gens commencent à parler de « nous » au lieu de « mon service ». Ce n’est pas de la manipulation managériale. C’est un changement vrai. Parce qu’il y a une raison partagée.

Le cap ? C’est pas d’avoir un organigramme parfait. C’est d’avoir des gens qui choisissent de coopérer parce qu’ils voient le sens commun.

Pourquoi la réorganisation fait toujours échouer les silos

C’est une question qu’on me pose tout le temps. « Mais si on change l’organigramme pour mettre les gens sous un même responsable ? »

Et la réponse est toujours la même. Ça marche pendant trois mois. Puis les silos se reforment.

Pourquoi ? Parce que vous avez changé la structure. Mais vous n’avez pas changé les raisons d’agir. Le nouveau directeur va essayer de coordonner. Mais ses subordonnés optimisent toujours leur coin. Parce que c’est ça qu’on les évalue sur.

Et puis l’argent. La réorganisation coûte cher. Vous avez pris six mois pour la faire. Vous avez stressé les gens. Pour revenir au même système trois mois après.

Faciliter c’est différent. C’est plus rapide. Moins coûteux. Et ça marche parce que ça change les raisons d’agir. Pas juste la structure.

Et pour ça, pas besoin de réorganiser. Besoin de faciliter.

Lire aussi : définir un futur désiré commun, formation intelligence collective, devenir facilitateur.

Questions fréquentes

Et si on a vraiment besoin de réorganiser ?

Peut-être. Mais posez-vous la question : est-ce que le problème vient du qui fait quoi, ou du pourquoi personne ne se parle ? Souvent c’est le second. Faciliter d’abord. Réorganiser après si c’est vraiment nécessaire.

Combien de temps il faut pour détruire les silos ?

Entre deux et quatre mois. Il faut 4-6 sessions de travail inter-services. Pas plus. Mais il faut de la régularité. Pas une formation. Une pratique.

Est-ce qu’on peut faire ça sans facilitateur externe ?

Difficile. Le manager qui dirige un des silos sera perçu comme biaisé. Un regard externe change la dynamique du jour au lendemain.

Qu’est-ce qu’on mesure pour savoir que ça marche ?

Trois indicateurs : le nombre d’initiatives inter-services qui émergent naturellement. Le temps de circulation de l’information. Et la qualité des relations entre directeurs.

Et si certains services refusent de coopérer ?

Alors c’est que l’objectif partagé ne fait pas sens pour eux. Ou qu’ils ont une raison cachée de ne pas bouger. Il faut la nommer. C’est du travail de facilitation.

Faut-il changer les tableaux de bord ?

Oui. Mais après. Pas avant. D’abord, les gens acceptent de travailler ensemble. Ensuite, vous adaptez les mesures. Pas l’inverse.