Cynefin. Vous l’avez entendu une fois dans un séminaire. Vous avez oublié. Ou vous pensez que c’est un mot gallois sans utilité pour vous.

Faux.

Cynefin est l’outil de pilotage manquant pour tout CODIR. C’est littéralement la différence entre diriger dans le brouillard et naviguer avec une carte.

Parce que Cynefin, c’est quatre mondes. Chaque monde a sa propre logique. Sa propre façon de décider. Son propre piège.

Et 90% des CODIR appliquent la même recette dans les quatre mondes. Donc ils gèrent trois mondes mal.

Les quatre domaines de Cynefin

Cynefin, c’est pas une matrice deux par deux quelconque. C’est une cartographie créée en 1999 par Dave Snowden pour répondre à une question : comment vous naviguez quand la situation change ?

Domaine 1 : Simple

Vous n’avez jamais eu ce problème. Mais quelque part, quelqu’un l’a résolu. Ça marche toujours. C’est répétable.

Un avion décollé. Il y a une procédure. Vous la suivez. Ça marche.

Un client complique un order. Vous avez un processus pour ça. Vous l’exécutez. Ça marche.

Caractéristiques du simple :

  • La cause et l’effet sont évidents.
  • Les meilleures pratiques existent.
  • Vous exécutez. Ça marche.

Piège du simple : vous croyez que tout est simple. Vous appliquez des recettes partout. Et vous vous crash quand la situation bouge.

Domaine 2 : Compliqué

La cause et l’effet, c’est loin l’un de l’autre. Ça demande de l’expertise. Du temps. De l’analyse.

Vous avez une baisse de rentabilité dans une division. C’est compliqué. Vous naviguez. Vous analysez. Vous avez besoin d’un expert pour voir clair. Une fois qu’il a regardé, la solution existe. Vous l’exécutez.

Caractéristiques du compliqué :

  • Il y a une bonne réponse. Peut-être plusieurs, mais finies.
  • Vous avez besoin d’expertise.
  • Analyse puis exécution.

Piège du compliqué : vous analysez trop longtemps. Vous demandez un plan parfait. Vous gellez la décision.

Domaine 3 : Complexe

La cause et l’effet n’apparaissent que rétrospectivement. Vous agissez. Vous voyez ce qui émerge. Puis vous décidez quoi faire après.

Vous lancez un nouveau produit. Vous savez pas exactement ce qui va marcher. Vous lancez en version beta. Vous regardez comment les gens l’utilisent. Ça émerge progressivement.

Vous changez l’organisation. Vous savez pas comment les gens vont réagir. Vous changez. Vous observez. Vous ajustez.

Caractéristiques du complexe :

  • Les réponses émergent en agissant.
  • Pas de solution unique.
  • Apprendre par la pratique.
  • Les patterns apparaissent après coup.

Piège du complexe : vous criez « Agile ! » et vous improvisez sans aucun cap. Ou vous cherchez à tout prédire avant d’agir.

Domaine 4 : Chaotique

Tout s’effondre. Y a pas de pattern. Pas même rétrospectif. La cause et l’effet sont complètement découplés. Vous devez agir tout de suite. Puis stabiliser. Puis vous pouvez apprendre.

Exemple : une cyberattaque massive. Un tremblement de terre. Une crise client qui devient drame.

Caractéristiques du chaotique :

  • Il faut agir maintenant.
  • Pas de temps d’analyse.
  • Stabiliser d’abord.
  • Puis on voit clair.

Piège du chaotique : vous surréagissez. Vous prenez des décisions irréversibles qui vous poursuivront longtemps.

Comment un CODIR utilise Cynefin pour décider

Voilà ce qui change tout.

Quand un sujet arrive en CODIR, la première question n’est pas « Qu’on fait ? ». C’est « Dans quel domaine on est ? »

Parce que le mode de décision change totalement.

Mode Simple : Décider vite

Vous avez un problème de paye. Un problème d’accès au portail RH. Une facture en suspens. C’est simple. Un process existe. L’équipe l’exécute. Le CODIR ? Il regarde que l’exécution marche. Il intervient que si ça déraille.

Action : Sense. Categorize. Respond.

Mode Compliqué : Analyser puis décider

Vous avez une baisse de trésorerie. Un risque réglementaire découvert. Une opportunité M&A. C’est compliqué. Il faut de l’expertise. De l’analyse.

Le CODIR demande un diagnostic. Il écoute les experts. Il pèse les options. Il décide.

Action : Sense. Analyze. Respond.

Attention. Ici, il faut vraiment doser l’analyse. Trois semaines max. Pas trois mois.

Mode Complexe : Agir, observer, ajuster

Vous lancez une nouvelle activité. Vous changez la culture. Vous réorganisez. C’est complexe. La réponse émergera en agissant.

Le CODIR fixe le cap. Les équipes testent. Elles rapportent ce qu’elles ont appris. Le CODIR regarde les patterns. Il amplifie ce qui marche. Il arrête ce qui ne marche pas.

Action : Probe. Sense. Respond.

C’est très différent du compliqué. Ici, vous ne demandez pas un plan détaillé de trois ans. Vous demandez : « Qu’est-ce qu’on fait les deux prochaines semaines pour apprendre ? »

Mode Chaotique : Agir d’abord, analyser après

Un scandale éclate. Une perte majeure se révèle. Un cadre fait une gaffe. Vous n’avez pas le temps d’analyser.

Vous agissez d’abord pour stabiliser. Vous nommez une personne de confiance pour gérer. Vous communiquez clairement pour éviter la panique.

Une fois stabilisé, vous revenez à complexe ou compliqué. Vous analysez ce qui s’est passé.

Action : Act. Sense. Respond.

Exemples terrain pour que ça rentre

Exemple 1 : la perte d’un gros client

Vous perdez 15% de votre CA. C’est pas simple. Y a pas de recette. Y a plusieurs hypothèses.

Peut-être que votre prix a augmenté. Peut-être que le concurrent a eu un truc nouveau. Peut-être que votre service a décliné. Peut-être que le client a changé de stratégie.

C’est compliqué. Vous envoyez quelqu’un d’expérimenté. Il fait une dizaine d’appels. Il comprend. Il revient avec le diagnostic. Vous décidez : riposte commerciale, baisse de prix, changement de service ?

Exemple 2 : relancer un marché qui dépérit

Vous avez un marché qui perd 30% par an depuis cinq ans. Vous décidez de le relancer. Vous savez pas exactement comment. Peut-être que c’est un pb de produit. Peut-être de distribution. Peut-être que le marché est juste mort.

C’est complexe. Vous décidez qu’un de vos meilleurs commerciaux va tester trois ou quatre hypothèses. En trois mois. Avec un petit budget. Vous voyez ce qui émerge. Possible que vous découvriez qu’il y a une niche très profitable. Possible que vous décidiez de l’abandonner. Mais vous savez après trois mois au lieu de traîner neuf mois.

Exemple 3 : une cyberattaque

Des hackers entrent dans votre système. Vous avez peu de temps. Vous faites basculer aux serveurs de secours. Vous isolez le périmètre. Vous mettez en alerte les clients. Vous engagez le cabinet de sécurité.

Une fois stabilisé, vous passez en mode complexe. Vous comprenez comment ils sont entrés. Vous mettez en place une stratégie de sécurité nouvelle. Vous testez. Vous apprenez.

Le piège central : rester coincé entre les domaines

Beaucoup de CODIR confondent compliqué et complexe. Ils veulent certitude sur un sujet complexe. Ils attendent le rapport parfait. Ils gelent la décision. Ils perdent six mois pour rien.

Ou inversement. Ils veulent agir rapide sur un sujet compliqué. Ils décident sans expertise. Ça devient un bricolage.

La vraie compétence d’un CODIR, c’est de reconnaître : dans quel domaine je suis ? Puis d’appliquer le bon mode de gouvernance.

Cynefin finalement, c’est pas un truc d’expert. C’est juste du bon sens organisé.

Ça veut dire aussi que vous ne décidez pas tous de la même façon. Parfois vous demandez une analyse. Parfois vous donnez de l’autonomie pour tâtonner. Parfois vous agissez en urgence.

Et si vous faites ça bien, le CODIR n’est plus bloqué par des débats sans fin sur « est-ce qu’on a assez d’info ? » ou « est-ce qu’on doit analyser plus ? ». Vous savez. Le domaine décide.

Ce qui rentre dans les sujets CODIR

Clairement, 60% des sujets du CODIR qui tourne en rond sont des sujets complexes traités en mode compliqué. Un CODIR demande un plan. Un plan pour du complexe ça n’existe pas. Donc on attend. On crée une task force. On demande plus d’info. On gèle.

Si vous appliquez Cynefin, vous changez ça. Vous dites : « C’est complexe. On lance une équipe. Ils testent des hypothèses. On reparle dans deux semaines. »

Et magiquement, vous avanacez.

C’est pour ça que le Bootcamp CODIR utilise Cynefin. C’est le filtre qui change tout. Parce qu’une fois que vous voyez votre CODIR « dans » Cynefin, vous voyez clairement où vous vous plantez.

Et la Formation CODIR vous donne le cadre de base pour l’utiliser tous les jours.

Questions fréquentes

Cynefin c’est scientifique ou c’est juste du bon sens avec un mot gallois ?

C’est fondé sur des années de recherche en complexity science, cognitive edge. Mais oui, ça semble du bon sens une fois qu’on le comprend. C’est ça qui le rend utile. Pas de théorie obscure. Juste une map.

On peut être à cheval entre deux domaines ?

Oui. Clairement. Un sujet peut avoir 70% de complexe et 30% de compliqué. Vous gérez les deux. Mais généralement, un domaine prime. Et c’est celui-ci qui décide le mode de gouvernance.

Si c’est simple, pourquoi le CODIR s’en mêle ?

Bonne question. Le CODIR ne devrait pas. Il regarde de loin que la recette est appliquée. Mais parfois les gens l’appliquent mal. Ou les conditions changent et c’est plus simple. Là, le CODIR intervient.

Le chaotique ça arrive souvent ?

Plus souvent que vous ne le pensez. Une fuite presse qui devient drame client. Un data breach. Un produit qui tue quelqu’un. Un accident grave. Ça bouge super vite. Et puis ça se stabilise. Et puis vous apprenez. Cynefin vous aide à ne pas paniqer.

On peut rester coincé dans un domaine ?

Oui. Vous restez en simple trop longtemps, vous perdez la vraie stratégie. Vous restez en compliqué, vous analysez et paralysez. Vous restez en complexe, vous improvisez sans cap. Un bon CODIR navigue les quatre.

C’est quoi la meilleure formation pour l’apprendre ?

La Formation CODIR vous donne le cadre théorique en jour 1. Puis vous l’appliquez sur vos vrais sujets. Et vous pratiquez la cartographie systémique pour voir où vous coinciez exactement.