# Questionnement systémique : comment passer d’une plainte à une question utile

Vous êtes en CODIR. Quelqu’un ouvre la bouche. « Les jeunes ne comprennent pas qu’il faut bosser dur. C’est la génération qui veut tout, tout de suite. »

Immédiatement, vous savez. Ce n’est pas une question. C’est une plainte. Et cette plainte va lancer un débat sans fin où chacun raconte une anecdote.

Quarante-cinq minutes plus tard, vous n’avez rien décidé.

C’est ce qui se passe dans 80% des CODIR qui tournent en rond.

Pas parce que les gens sont stupides. Parce qu’on ne sait pas transformer une plainte en question.

Et une question systémique, c’est très différent.

C’est quoi, une question systémique ?

D’abord, c’est pas juste « une bonne question ». C’est une question qui regarde le système en entier. Pas un symptôme.

Une plainte regarde un symptôme. Les jeunes sont paresseux. Le client gueule. Les coûts montent. On voit le symptôme.

Une question systémique se demande : qu’est-ce qui dans le système produit ce symptôme ?

Différence capitale.

Symptôme : « Les jeunes sont paresseux. »

Question systémique : « Qu’est-ce qu’on fait pour recruter, former, donner du sens aux jeunes qui crée cette situation où ils n’investissent pas leur énergie ? »

Complètement différent. La première tue le débat. La seconde l’ouvre.

Les cinq niveaux du questionnement systémique

Le questionnement systémique, ce n’est pas du bon sens. C’est une pratique. Et elle a des niveaux.

Niveau 1 : La plainte

« Ça ne marche pas. C’est pas possible. C’est la faute de… »

La plainte, c’est le pire niveau. Elle part d’un symptôme et elle invente un coupable. Elle tue la réflexion parce qu’on va dépenser une heure à se battre sur le coupable, pas sur la solution.

Vous reconnaissez les plaintes : « Les salariés ne sont pas engagés. » « Les clients deviennent agressifs. » « Les process sont trop lourds. »

La plainte offre zéro prise pour agir. Elle invite juste à plaindre ou à blâmer.

Niveau 2 : La question fermée

« Est-ce que c’est la génération qui a changé ? »

« Est-ce que le client a raison ? »

C’est mieux que la plainte. Mais c’est encore faible. Parce qu’une question fermée, on y répond par oui ou non. Et puis on s’arrête.

Ce qui manque, c’est la compréhension de ce qui se passe vraiment.

Niveau 3 : La question exploratoire simple

« Qu’est-ce qu’on observe chez les jeunes ? Qu’est-ce qui a changé ? »

Là, ça s’ouvre. On regarde les faits. On n’invente plus. On décrit.

C’est déjà bien mieux. Mais c’est encore trop étroit. Parce qu’on regarde les jeunes. On ne regarde pas l’interaction entre les jeunes et l’organisation.

Niveau 4 : La question exploratoire qui inclut le contexte

« Qu’est-ce qu’on propose aux jeunes en arrivant ? Qu’est-ce qu’on leur demande ? Qu’est-ce qu’on leur dit sur le travail qu’on attend d’eux ? »

Là, on commence à voir le système. On regarde pas juste « les jeunes ». On regarde l’interaction. Ce qu’on fait les attire. Ce qu’on leur propose. Ce qu’on valorise. Ce qu’on punît.

C’est déjà du questionnement systémique. Parce qu’on reconnaît qu’il y a un système.

Niveau 5 : La question systémique profonde

« Qu’est-ce qu’on fait collectivement dans cette organisation qui crée les conditions où les jeunes s’investissent pas ou s’en vont ? »

Là, c’est le niveau 5. Vous ne demandez plus « qu’est-ce qu’il y a chez les jeunes ? » Vous vous demandez : « Qu’est-ce qu’on produit collectivement ? »

Et vous mettez le miroir sur vous. Pas sur eux.

C’est ça, le questionnement systémique. C’est dur. Parce qu’il faut regarder ta propre responsabilité. Mais c’est puissant.

Parce qu’une fois que vous voyez votre responsabilité, vous pouvez agir.

Comment transformer une plainte en question utile

Vous êtes en réunion. Quelqu’un arrive avec une plainte. Comment vous la transformez en question systémique ?

Il y a une méthode. Elle est simple. Pas facile, mais simple.

Étape 1 : Écoutez la plainte

Ne l’interrompez pas. Ne défendez pas. Écoutez. « D’accord. Que constates-tu exactement ? »

Là, la plainte devient observation. « Les jeunes que j’ai rencontrés ne posaient pas de questions. Ils attendaient qu’on leur dise. »

Déjà mieux. Vous avez le symptôme objectif. Pas l’interprétation.

Étape 2 : Regardez le contexte

« Qu’est-ce qu’on a fait avant qu’ils arrivent ? Comment on les a recrutés ? Qu’est-ce qu’on leur a dit qu’on attendait ? »

Vous élarsissez. Vous sortez de « c’est leur problème » vers « c’est une interaction ».

Étape 3 : Demandez la boucle

« Qu’est-ce qu’on observe du coup ? Qu’est-ce qu’il se passe si on ne change rien ? Qu’est-ce que ça produit pour nous ? Pour eux ? Pour le client ? »

Vous regardez les conséquences. Vous voyez la boucle. Comment l’absence de questions les rend malheureux. Ça crée une frustration chez eux. Ça crée une passivité. Ça crée une baisse de performance. Ça crée une démission. Ça renforce notre idée qu’ils ne sont pas engagés.

Une boucle. Un système.

Étape 4 : Identifiez le levier

« Si on voulait changer ça, par où on commence ? Qu’est-ce qu’on fait différemment dès l’arrivée ? Comment on crée un environnement où les questions sont bienvenues ? »

Et là, vous n’êtes plus en plainte. Vous êtes en exploration. Vous regardez ce qu’on pourrait changer dans le système qu’on produit.

Exemples concrets

Exemple 1 : L’turnover des cadres

Plainte : « Les bons cadres s’en vont. La concurrence les pique. »

Plainte transformée : « Qu’est-ce qu’on observe vraiment ? Que disent-ils en partant ? Qu’est-ce qu’on leur propose ? Qu’est-ce qu’on ne leur propose pas ? »

Et là, vous découvrez peut-être que vous ne les développez pas. Que vous n’avez pas de plan de carrière clair. Que vous attendez trop longtemps à les promouvoir. Que vous ne valorisez que la performance court terme.

C’est le système. Et vous pouvez le changer. C’est le cœur de la formation CODIR : apprendre à poser ce type de questions avec votre comité de direction.

Exemple 2 : La réticence du client

Plainte : « Le client bloque les investissements qu’on lui propose. Il n’a pas confiance. »

Question systémique : « Qu’est-ce qu’on a promis avant qu’on n’a pas livré ? Qu’est-ce qu’on fait pour gagner sa confiance progressivement ? Qu’est-ce qu’on fait qui crée du doute ? »

Et là, vous dévoilez peut-être que vous avez vendu du rêve. Que vous n’avez pas montré rapidement des petits succès. Que vous avez cherché un gros contrat au lieu de construire la relation.

C’est votre système de vente qui crée la réticence.

Exemple 3 : La lourdeur administrative

Plainte : « Les process sont trop lourds. Les gens perdent du temps. »

Question systémique : « Pour quelles raisons ces process existent ? Qu’est-ce qu’on a eu peur de laisser se passer sans contrôle ? Qu’est-ce qu’on pourrait simplement découpler du process ? »

Et là, vous trouvez que vous avez mis du process parce qu’un jour quelqu’un a fait une gaffe. Ou parce que vous n’aviez pas confiance. Ou parce que vous aviez peur du coup. Et maintenant, le process pèse plus lourd que l’avantage du contrôle.

C’est le système. Et vous pouvez le simplifier.

Pourquoi c’est hard à faire en CODIR

D’abord, parce que c’est contre nature. On aime bien trouver des coupables. Ça rassure. C’est pas nous.

Ensuite, parce qu’il faut laisser de la place au silence. À la pensée. C’est contre le rythme des réunions.

Enfin, parce que une question systémique profonde, ça demande de regarder votre responsabilité. Et ça, c’est inconfortable.

Un CODIR habitué à dire « les gens ne s’engagent pas », c’est plus facile que de se demander « qu’est-ce qu’on produit collectivement qui désengagent les gens ? »

Mais une fois que vous êtes capable de ça ? Votre CODIR change. Parce que vous cessez de blâmer. Vous commencez à apprendre. Et vous avancez.

C’est pour ça que la Formation CODIR dédie trois heures à cette pratique. C’est la moitié du programme. Parce que ça change tout.

Et le Bootcamp CODIR, c’est deux jours de questions systémiques sur vos vrais sujets. En live. Avec un facilitateur qui vous arrête quand vous vous plaignez et vous aide à poser la vraie question.

Questions fréquentes

Une question systémique ça prend combien de temps ?

En réunion, une bonne question systémique prend dix minutes. Vous posez la question. Les gens explorent. Ça émerge. Ça bloque. Vous pouvez passer à la suivante. C’est rapide une fois qu’on maîtrise.

On peut poser une question systémique sur n’importe quel sujet ?

Oui. Finance, RH, stratégie, client, technologie. N’importe quel sujet qui arrive en CODIR. Si c’est un problème, il y a un système qui le produit.

Est-ce que c’est manipulateur de transformer les plaintes en questions ?

Non. Au contraire. C’est honnête. Parce qu’une plainte, c’est un jugement caché. Une question, c’est une curiosité. C’est du respect. Vous dites « je ne sais pas, explorez avec moi » au lieu de « vous êtes le problème ».

Si un CODIR refuse de poser des questions et veut juste décider ?

Alors il reste bloqué. Parce que les vraies raisons, il ne les voit pas. Il tranchera sur une plainte, pas sur une compréhension.

Je peux poser une question systémique même si je crois connaître la réponse ?

Oui. C’est même important. Parce que le système c’est pas juste ce que tu vois. C’est ce que tous les autres voient. Une question ouvre. Elle ne préjuge pas.

C’est lié à la cartographie systémique ?

Totalement. La cartographie, c’est mettre à plat le système. Le questionnement systémique, c’est ce qui crée les insights pour faire la cartographie.