Le CODIR classique : 3h de reporting pour 0 décision
Vous connaissez la scène. C’est jeudi matin. Tout le monde est autour de la table.
Le DG ouvre. On fait un tour. Finance parle. RH parle. Ops parle. Ventes parle. Chacun son truc. Chacun 15 ou 20 minutes.
Trois heures après, tout le monde s’en va.
Vous lui demandez : à quoi ça a servi ?
Personne ne peut le dire vraiment.
Il n’y a pas eu de vraie décision. Juste des updates. Des trucs dits à haute voix. Puis oubliés. On remet ça la semaine prochaine.
Et lundi matin, personne ne se souvient de ce qu’il fallait faire. Ou tout le monde a une interprétation différente.
C’est systémique. C’est partout dans les boîtes. Et c’est un gaspillage colossal de temps. Et d’intelligence.
Pourquoi ? Parce qu’on confond deux trucs : partager l’info et prendre une décision. Ce n’est pas pareil. Ce ne sont pas du tout les mêmes dynamiques.
Partager l’info, ça, c’est : chacun dit son truc. Tout le monde écoute.
Prendre une décision, c’est : on a un vrai enjeu. On creuse. On confronte les visions. On sort avec un cap.
Et parce que le DG anime souvent avec une logique d’expert. Je suis le patron. J’écoute. Je décide. Et pendant ce temps, l’équipe attend. Elle évalue. Elle ne pense pas vraiment.
Pourquoi le DG ne devrait pas animer son propre CODIR
C’est contre-intuitif. Mais c’est observé partout sur le terrain.
Quand le DG anime le CODIR, il y a un truc invisible qui se passe. Tout le monde l’observe. Pour voir s’il est d’accord. Pour voir quelle direction il pencherait.
Du coup, les gens disent ce qui plaît au patron. Pas ce qu’ils pensent vraiment.
Et l’espace perd sa légitimité. Ce n’est plus un espace de vraie décision collective. C’est un espace de validation des envies du patron. C’est une scène de théâtre.
Les meilleurs CODIR qu’on voit sur le terrain sont animés par quelqu’un d’autre. Pas le DG. Un facilitateur. Ou un manager opérationnel neutre.
Le DG, il participe. Il apporte sa vision. Il tranche si besoin. Mais il n’anime pas.
Ça change complètement la dynamique. Les gens pensent vraiment. Ils disent ce qu’ils pensent. Puis le patron prend sa décision en ayant entendu les vraies choses.
Et ça marche mieux parce que le patron a vraiment creusé. Pas parce qu’il a imposé.
C’est plus puissant. Et plus rapide au final.
Le format qui marche : structure en 3 temps
Oubliez le tour de table. Voici le format qui fonctionne vraiment.
Temps 1 : Alignement (30-40 minutes)
On start avec une question partagée. Pas un reporting. Une vraie question. Qu’est-ce qu’on doit décider aujourd’hui ? Pourquoi c’est important ? Qu’est-ce qui change si on décide bien ou mal ?
Le facilitateur creuse. Il assure que tout le monde comprend le sujet. Pareil. Pas que chacun a sa version. Il pose une question : qu’est-ce que vous voyez ? Il écoute vraiment.
On sort de ce temps avec une vraie clarté. On sait pourquoi on est là. On sait ce qu’on cherche.
Temps 2 : Travail (60-90 minutes)
C’est le cœur. C’est là qu’on pense vraiment.
On se partage en petits groupes. Ou en sous-questions. Chaque groupe creuse une facette du problème.
On ne demande pas juste l’avis. On demande : qu’est-ce que vous voyez ? Qu’est-ce qui est obscur ? Qu’est-ce qu’on rate ?
Le brouillard se lève. On croise les visions. On identifie les vrais points de friction. On voit où ça joue vraiment.
Puis on revient ensemble. On synthétise. On voit où ça se joue vraiment.
Temps 3 : Décision (30-40 minutes)
Maintenant qu’on a creusé vraiment, on décide.
Et on décide comment ? Ce n’est pas le DG qui tranche en silence. Il y a un cadre de décision explicite.
Qu’est-ce qu’on demande ? Le consentement ? L’accord ? Ou juste l’info ?
Puis on dit : voilà la décision. Voilà pourquoi. Voilà qui fait quoi lundi matin.
Et c’est écrit. Tout de suite. Pas en email vendredi.
4 règles non négociables pour un CODIR qui avance
Règle 1 : Pas de prise de parole sans question
La plupart des CODIR classiques, c’est : je parle parce que je suis là. Et je parle de ce qui m’intéresse.
Non. Voici ce qu’on demande : pourquoi tu parles ? Qu’est-ce que tu ajoutes à la décision ?
Ça élimine 40% du temps perdu. Et ça force les gens à vraiment préparer leur point.
On dit pas : Finance a la parole. On dit : est-ce qu’il y a une question financière dans ce qu’on décide ? Si oui, Finance peut apporter quoi ?
C’est une micro-différence qui change tout.
Règle 2 : Les décisions ne se prennent pas en fin d’ordre du jour
C’est une erreur classique. On garde les vraies décisions pour la fin. Du coup, on est fatigué. Il reste trente minutes. Et on doit décider quelque chose de complexe.
Non. Les vraies décisions, elles sont au début ou au milieu. Quand les gens pensent bien. Quand les énergies sont bonnes.
Et à la fin du CODIR, c’est la synthèse et la clarté. Pas une nouvelle décision importante.
Règle 3 : Chacun sait quoi faire lundi matin
C’est le test ultime. À la fin du CODIR, chacun devrait pouvoir écrire sur un papier : lundi, je dois faire quoi ?
Si personne ne sait vraiment, le CODIR a échoué.
Pas parce qu’on a raté quelque chose. Mais parce que le mouvement n’est pas clair.
On ne laisse pas tant qu’il y a du brouillard sur l’action.
Règle 4 : On se demande si on avait besoin d’être tous là
À la fin, on se pose la question franchement. Est-ce que tout le CODIR était nécessaire pour cette décision ? Ou est-ce qu’on aurait pu le faire avec cinq personnes et inclure les autres après ?
C’est brutalement honnête. Mais c’est ce qui fait avancer les boîtes qui réfléchissent vraiment.
Ça change les formats. Certaines décisions, on les prend en petit groupe. On les présente au CODIR. On creuse juste les implexes.
C’est plus léger. Et plus efficace.
Le test : à la fin du CODIR, chacun sait quoi faire lundi matin
C’est simple. Et c’est implacable.
À 12h, quand tout le monde se lève, posez-leur la question directement. Vous. Tous les cadres.
Vous, responsable de finance. Lundi matin, vous faites quoi différemment ? Vous dites quoi à votre équipe ?
Vous, directeur des ventes. Qu’est-ce que vous ajustez pour vos commerciaux ?
Vous, patron de la R&D. Qu’est-ce qui change pour vous et vos équipes ?
Si tout le monde peut répondre clairement en deux phrases, le CODIR a marché.
Si y a du brouillard, c’est qu’on n’a pas assez creusé.
Et lundi à 14h, vous revenez à la charge. Un message rapide : vous aviez dit que vous faisiez X. Ça s’est fait ? Et ça a changé quoi ?
C’est le vrai tracking. Pas les KPIs glamour. C’est : avez-vous vraiment bougé sur ce qu’on a décidé ?
Parce que une décision sans mouvement, c’est juste une intention. Et les intentions, ça remplit pas les cadres. Une vraie décision, c’est quand le cap est clair pour tout le monde.
Pour les dirigeants qui veulent vraiment transformer leurs CODIR, il y a une formation : formation CODIR dirigeant. C’est très pratique. On apprend à créer ce genre de réunion. Pas théorique. Vous faites un vrai CODIR pendant la formation. Avec de vrais sujets. Et vous voyez comment ça marche.
Et pour comprendre comment faciliter ce genre de moment, il y a quest-ce-que-la-facilitation. Parce qu’animer un CODIR, c’est un acte de facilitation pur. C’est poser les questions. C’est créer l’espace. C’est laisser penser.
Si vous êtes manager et que vous cherchez à mieux diriger dans la complexité, il y a aussi manager-facilitateur. C’est plus large. Ça inclut le CODIR mais aussi tout le reste de votre posture. Comment vous animez une équipe. Comment vous prenez des décisions. Comment vous naviguez le brouillard.
FAQ
Est-ce que ça marche vraiment de ne pas avoir le DG qui anime ?
Oui. Complètement. Les CODIR les plus efficaces qu’on voit sur le terrain sont animés par un tiers neutre. Le DG se demande juste : suis-je d’accord ? Où on va vraiment ? Pas : où c’est que je veux aller moi.
Combien de temps pour passer du format tour de table au format 3 temps ?
Une réunion. Littéralement. Vous changez le format le jeudi prochain. Ça sera bizarre les cinq premières minutes. Mais ça sera plus clair. Et lundi, tout le monde sentira qu’il s’est passé quelque chose d’important.
Et si le CODIR est énorme ? Genre 15 personnes ?
C’est pas un CODIR. C’est une assemblée. Vous avez un problème de structure. Un vrai CODIR, c’est 6 à 8 personnes. Les vraies décisions. Pas plus. Si vous êtes plus, il faut restructurer qui prend vraiment les décisions. Et qui c’est que vous mettez au CODIR.
Faut-il vraiment écrire les décisions juste après ?
Oui. Tout de suite. Pendant le CODIR. Pas en email vendredi. Pas en note lundi. Pendant. Parce que juste après, tout le monde sait. Et la semaine ne passe pas sur une mauvaise interprétation de ce qui a été dit.
Et si le DG veut quand même animer ?
C’est possible. Mais alors, il faut changer de logique. Il faut qu’il joue le rôle du facilitateur. Pas du DG. Il pose les questions. Il ne donne pas les réponses. Il crée l’espace. C’est très contre-intuitif pour les patrons. Mais ça se fait.
Comment on sait si une décision a vraiment été prise ou si c’est juste une intention ?
Parce qu’on en a parlé lundi. Ou mardi. On voit ce qui a changé. Une vraie décision, elle crée du mouvement réel. Pas de l’intention floue. Du mouvement. Les gens bougent. Les choses changent.