Pastèque. Vert dehors, rouge dedans. C’est le nom qu’on donne, dans la formation management d’Insuffle Académie, à l’indicateur qui rassure tout le monde pendant que l’équipe va mal. Le taux de service est bon. Les délais sont tenus. Le tableau de bord du lundi est entièrement vert. Et deux personnes ont demandé à partir ce trimestre.

Le watermelon KPI n’est pas un indicateur faux. Il est juste. Il mesure exactement ce qu’il dit mesurer. Le problème est qu’il ne mesure plus rien qui compte.

Indiquer n’est pas suivre

Un indicateur indique. Un bon indicateur permet de suivre : il bouge quand la réalité bouge, et il vous fait prendre une décision quand il bouge. La formation le dit en une phrase : encore faut-il qu’il ait bougé quand la boîte a changé.

La plupart des indicateurs ont été définis pour un contexte qui n’existe plus. L’organisation a changé, le marché a changé, l’équipe a changé. L’indicateur, lui, est resté dans le tableau de bord, parce que personne n’a le droit de le retirer. Il est devenu un rituel.

Comment un indicateur devient une pastèque

Trois chemins, souvent les trois à la fois. D’abord, il a été conçu pour le reporting, pas pour le pilotage : il sert à rassurer le niveau au-dessus, pas à décider au niveau de l’équipe. Ensuite, l’équipe a appris à le rendre vert. Pas par tricherie : par adaptation. On fait ce qui est mesuré, et on arrête ce qui ne l’est pas, même si c’est ce qui compte. Enfin, plus personne ne pose la question de ce qu’il ne voit pas. Un indicateur qui n’est jamais remis en cause finit toujours vert.

Trois questions qui démasquent

  1. Si cet indicateur passait au rouge demain, quelle décision changerait ? Si la réponse est « aucune », il n’indique rien. Il décore.
  2. Quand a-t-il changé quelque chose à ce qu’on fait, pour la dernière fois ? Si personne ne se souvient, il a cessé de suivre depuis longtemps.
  3. Qui le regarde, à part celui qui le remplit ? Un indicateur qu’on produit sans le lire est une charge, pas un outil.

Posez les trois questions à votre tableau de bord du lundi. Comptez les survivants. Il en reste moins que vous ne le pensez.

Reformuler une demande de chiffres en objectif de pilotage

Votre hiérarchie vous demande un indicateur. Vous ne pouvez pas refuser. Vous pouvez reformuler. La mise en situation du premier jour de la formation travaille exactement ça : transformer une demande de KPI en objectif de pilotage utile, celui qu’on regarde vraiment en réunion d’équipe.

La méthode tient en une question posée à celui qui demande : qu’est-ce que ce chiffre doit nous permettre de décider ? On vous demande le nombre de tickets fermés par semaine. Ce qu’on veut, c’est que les clients n’appellent pas deux fois pour le même problème. Le premier indicateur se rend vert en fermant vite. Le second oblige à résoudre. Vous proposez le second, et vous continuez à fournir le premier si on y tient. Vous avez gagné un outil, sans perdre le reporting.

Ce que ça change en réunion d’équipe

Une réunion qui commence par un tableau de bord vert dure dix minutes et ne décide rien. Une réunion qui commence par la question « qu’est-ce que ce tableau ne voit pas ? » dure le même temps et sort avec une chose à changer. L’équipe sait ce que l’indicateur rate. Elle ne l’a jamais dit, parce qu’on ne lui a jamais demandé.

C’est aussi un geste de confiance. Mettre le tableau de bord sur la table et demander ce qu’il cache, c’est dire à l’équipe que vous préférez la réalité au vert. Elle vous le rendra.

Pour aller plus loin

Le watermelon KPI est l’un des fils du premier jour de la formation management et leadership, avec le rôle, la question et la roue. Il est aussi la porte d’entrée la plus simple : un indicateur à challenger est un geste que beaucoup de managers choisissent pour leur plan d’action à trente jours. C’est concret, c’est visible, et ça ne demande l’autorisation de personne.

Questions fréquentes

Faut-il supprimer les indicateurs qui mentent ?

Rarement possible, et pas toujours utile. Gardez-les pour le reporting si on vous les demande, et ajoutez à côté l’objectif de pilotage que vous regardez vraiment. Avec le temps, c’est le second qu’on regarde en réunion, et le premier qu’on oublie.

Comment dire à ma hiérarchie que son indicateur ne sert à rien ?

Ne le dites pas. Demandez ce qu’il doit permettre de décider, et proposez un indicateur qui le permet mieux. Vous ne critiquez pas le chiffre, vous servez l’intention derrière. C’est la mise en situation du premier jour, et elle se passe mieux qu’on ne le craint.

Un indicateur qualitatif, ça existe ?

Oui, à condition qu’il fasse décider. « L’équipe revient avec des solutions à valider plutôt que des problèmes à résoudre » se constate chaque semaine, et il change ce que vous faites. Un indicateur n’a pas besoin d’être un chiffre. Il a besoin de bouger quand la réalité bouge.