« Vous êtes d’accord ? » Oui. « Ça vous paraît clair ? » Oui. « Des questions ? » Non. Trois questions, trois réponses, zéro information. La réunion continue, tout le monde a parlé, personne n’a pensé.
La différence entre une question ouverte et une question fermée tient dans ce qu’elle déclenche chez celui qui répond. Pas dans sa grammaire. Et dans une équipe, ce qu’elle déclenche se voit tout de suite.
Ce que déclenche une question fermée
Une question fermée se répond par oui, non ou un chiffre. Elle est utile quand on vérifie : « le dossier est parti ? ». Elle est mortelle quand on veut faire réfléchir. Posée à une équipe, elle produit un hochement de tête collectif. Chacun se range derrière la réponse du premier qui parle, et la discussion est close.
Le piège, c’est qu’elle rassure celui qui la pose. Il a eu sa réponse. Il peut avancer. Sauf que la réponse ne contient rien de ce que l’équipe pense vraiment.
Ce que déclenche une question ouverte
Une question ouverte appelle un développement. « Qu’est-ce qui vous a amené à cette décision ? » oblige à construire une réponse. Elle laisse une place, et quelqu’un vient l’occuper. Dans une équipe, elle produit un silence de quelques secondes, puis une phrase qui n’était dans la tête de personne avant.
Trois marqueurs reconnaissent une question qui ouvre vraiment. Elle est ouverte : pas de oui ou de non possible. Elle est orientée vers l’état désiré : elle regarde ce qu’on veut voir, pas le blocage. Elle est impliquante : elle engage celui qui répond, elle le met en mouvement.
Ouverte ne veut pas dire vague
« Qu’est-ce que vous en pensez ? » est ouverte, et elle ne produit rien. Trop large, pas de cible. « Qu’est-ce qui vous bloque sur l’étape de validation ? » est ouverte et précise. C’est la cible qui fait la précision, pas la fermeture. La formation à la question apprend à fabriquer cette précision en quatre étapes : l’intention, la cible, la forme, le test.
Le mot compte autant que la forme. « Pourquoi » ouvre grammaticalement, et ferme dans les faits : il met sur la défensive. « Qu’est-ce qui » ouvre pour de bon. Le temps du verbe compte aussi : le futur projette, le passé fait rendre des comptes.
Un exercice pour cette semaine
Prenez les cinq questions que vous posez le plus souvent à votre équipe. Écrivez-les. Pour chacune, demandez-vous ce qu’elle déclenche : un oui, une justification, ou une réflexion. Réécrivez celles qui ferment. Puis testez-en une sur deux collègues avant la prochaine réunion. C’est l’atelier du premier jour de la formation L’art de la question, en version maison.
Le guide complet est sur la page de l’art de la question. Et pour aller plus loin sur ce que chaque type de question produit, le cabinet Insuffle a publié un guide des sept types de questions.
Cinq questions réécrites
Les mêmes situations, la question fermée qu’on pose par réflexe, et la question ouverte qu’on fabrique à la place. Le changement est dans ce qu’elles déclenchent.
- Vérifier une consigne. « C’est clair pour tout le monde ? » devient « qu’est-ce qui reste flou dans ce qu’on vient de dire ? ».
- Lancer un sujet. « On traite le point budget ? » devient « qu’est-ce qui, dans le budget, nous empêche de décider aujourd’hui ? ».
- Relancer une personne silencieuse. « Tu es d’accord, Karim ? » devient « Karim, qu’est-ce que tu vois que nous ne voyons pas ? ».
- Fermer une réunion. « Des questions ? » devient « qu’est-ce que chacun fait différemment lundi ? ».
- Évaluer. « Ça vous a plu ? » devient « qu’est-ce que vous retenez, et qu’est-ce qui manquait ? ».
Pour un manager, pour un facilitateur
Un manager pose une question fermée parce qu’il veut avancer. Il obtient un oui et une équipe qui attend la suite. La question ouverte lui coûte dix secondes de silence et lui rapporte une équipe qui pense. Pour un facilitateur, c’est l’inverse qui menace : trop de questions ouvertes et trop larges, qui font parler sans faire produire. La cible, pas l’ouverture, règle ce problème. Les deux viennent chercher la même chose en formation : des questions qu’on fabrique au lieu de les subir, pour un manager comme pour un facilitateur.
Le test du silence
Une question ouverte bien posée produit un silence. Trois, cinq, huit secondes. C’est le temps que met une personne à construire une réponse qui n’était pas prête. La plupart des gens coupent ce silence à deux secondes, et remplissent avec une reformulation ou une réponse. La question était bonne. Le silence a été raté. Compter jusqu’à dix, en regardant la personne, est la compétence la plus simple et la moins pratiquée du questionnement.
Dans la même série : l’art de la question
- Quand le groupe tourne en rond, se tait ou s’oppose : la question qui débloque
- La question qu’on se pose à soi-même avant de questionner les autres
- Formation au questionnement : comment choisir, et ce que la nôtre contient
- « Pourquoi tu es en retard ? » : la question qui accuse, et celle qui ouvre
- OPPA : ouvrir, projeter, placer, avancer. Une conversation en quatre temps
- Remplacer le tour de table par une question qui fait penser
Le guide complet : l’art de la question · La formation : deux jours, méthode OPPA.
Questions fréquentes
Une question fermée est-elle toujours à éviter ?
Non. Elle sert à vérifier, à conclure, à décider. « On valide ? » est une question fermée utile en fin de réunion. Elle est à éviter quand on veut faire réfléchir ou faire parler.
Comment transformer une question fermée en question ouverte ?
Remplacez le verbe de vérification par « qu’est-ce qui ». « Ça vous paraît clair ? » devient « qu’est-ce qui reste flou pour vous ? ». Et laissez le silence faire le reste.
Pourquoi mon équipe ne répond pas à mes questions ouvertes ?
Souvent parce qu’elles sont trop larges, ou parce que le silence est coupé trop tôt. Ciblez la question, puis comptez jusqu’à dix avant de reprendre la parole.