Avant de poser une question à quelqu’un, il y en a une à se poser. Qu’est-ce que je veux vraiment, ici ? Pas ce que je dois obtenir, pas ce qu’on attend de moi : ce que je veux. La plupart des conversations ratées le sont avant de commencer, parce que celui qui questionne ne sait pas ce qu’il cherche.
C’est la première question de la formation L’art de la question, et elle surprend : on vient apprendre à questionner les autres, et on commence par soi. C’est aussi l’ouverture du carnet d’accomplissements, que chacun tient pendant les deux jours.
Pourquoi on commence par là
Une question sans intention est une question de curiosité. Elle produit une réponse de politesse. L’intention, c’est la première étape de la fabrication d’une question : qu’est-ce que je veux produire chez l’autre. Et on ne la trouve pas si on ne sait pas ce qu’on veut soi-même. Un manager qui ne sait pas s’il veut que le collaborateur décide ou qu’il obéisse pose une question qui dit les deux, et le collaborateur entend la seconde.
Trois questions pour soi
- Qu’est-ce que je veux vraiment, ici ? Dans cette conversation, dans cette réunion. Une phrase, pas un objectif annuel. Si la réponse est « que ça se passe bien », ce n’est pas encore une intention.
- À quoi verrai-je que ça a marché ? La question de projection, posée à soi. Elle transforme une intention vague en quelque chose d’observable, et elle dit souvent que l’intention réelle n’est pas celle qu’on croyait.
- Qu’est-ce que je suis prêt à entendre ? Si la réponse est « rien qui me contredise », ne posez pas de question. Dites ce que vous avez à dire. Une question dont on n’accepte pas la réponse est un piège.
Le carnet d’accomplissements
En formation, ces questions ouvrent le carnet. Pendant deux jours, chacun y note ce qu’il a réussi : une question réécrite, un silence tenu, une conversation OPPA menée jusqu’au +1. Pas ce qu’il a appris, ce qu’il a fait. À la fin, on le relit, et c’est sur lui que se fonde le badge L’art de la question niveau 1. Le carnet reste après, pour la même raison : noter ce qu’on a réussi dans la semaine est la question qu’on se pose à soi-même, en version quotidienne.
Ce que ça change dans une semaine
Avant une réunion : une minute pour répondre aux trois questions, sur un coin de page. La question d’ouverture en sort presque toute seule. Avant un entretien difficile : la troisième question, surtout. Si vous n’êtes pas prêt à entendre, vous le saurez avant d’entrer, et vous direz les choses au lieu de les demander. Avant un rendez-vous client : la deuxième. Ce que vous voulez voir à la fin du rendez-vous décide des questions que vous poserez pendant.
Le guide complet : l’art de la question. Et pour la suite de la fabrication, une fois l’intention trouvée : intention, cible, forme, test.
Trois situations, trois réponses
Avant un entretien de recadrage. « Qu’est-ce que je veux vraiment ? » Que le retard cesse. « À quoi je le verrai ? » À trois lundis de suite à l’heure. « Qu’est-ce que je suis prêt à entendre ? » Qu’il y a une raison que je ne connais pas. Alors la question d’ouverture sera « qu’est-ce qui se passe le lundi matin ? », pas « pourquoi tu es en retard ? ».
Avant une réunion d’équipe. « Qu’est-ce que je veux ? » Qu’ils décident entre eux de la répartition. « À quoi je le verrai ? » À un tableau rempli sans moi. « Prêt à entendre ? » Une répartition différente de la mienne. La question-titre s’écrit alors toute seule : « comment vous répartissez-vous les dossiers du trimestre ? », et le manager se tait.
Avant un rendez-vous client. « Qu’est-ce que je veux ? » Savoir ce qui l’a fait appeler maintenant. « À quoi je le verrai ? » À une phrase sur un déclencheur, pas sur un cahier des charges. « Prêt à entendre ? » Que ce n’est pas notre offre qu’il lui faut. La première question du rendez-vous est trouvée.
Ce que le carnet révèle après deux jours
À la relecture, en fin de formation, le carnet dit deux choses. Ce que chacun a réussi, concrètement : des questions réécrites, des silences tenus, des conversations menées jusqu’au +1. Et l’écart entre ce qu’on croyait vouloir en arrivant et ce qu’on a cherché pendant deux jours. Cet écart est souvent la vraie leçon : on venait apprendre des techniques, on repart avec une intention plus claire. Le badge niveau 1 se fonde sur ce carnet et sur l’évaluation finale.
Dans la même série : l’art de la question
- Le +1 : finir chaque conversation par un pas concret
- Entretien avec un collaborateur : faire grandir plutôt que conseiller
- Quand le groupe tourne en rond, se tait ou s’oppose : la question qui débloque
- Formation au questionnement : comment choisir, et ce que la nôtre contient
- Question ouverte ou fermée : ce que chacune déclenche dans une équipe
- « Pourquoi tu es en retard ? » : la question qui accuse, et celle qui ouvre
Le guide complet : l’art de la question · La formation : deux jours, méthode OPPA.
Questions fréquentes
Se poser des questions à soi-même, n’est-ce pas du coaching ?
C’est de la préparation. Trois questions, une minute, avant d’entrer dans la salle. Le coaching travaille la personne dans la durée ; ici on prépare une conversation.
Faut-il écrire les réponses ?
Oui, en une ligne. Ce qu’on écrit se tient. Ce qu’on pense se renégocie dès que la conversation devient inconfortable.
Et si je ne sais pas ce que je veux ?
C’est la réponse la plus utile : elle dit de ne pas poser de question tout de suite. Une question posée sans intention produit une réponse qu’on ne saura pas quoi faire.