« Ça va ? » « Ça va. » Vous ne savez rien. « Tu es où, de 1 à 10, sur ce projet ? » « 4. » Vous savez déjà trois choses : ce n’est pas 1, ce n’est pas 8, et la personne a accepté de se situer. La conversation peut commencer.

L’échelle de 1 à 10 est le troisième temps de la conversation OPPA, Placer. C’est la question la plus simple de la formation, et celle qui surprend le plus par ce qu’elle produit.

Pourquoi un chiffre, et pas un adjectif

Un adjectif se discute. « Difficile », « compliqué », « pas terrible » : chacun y met ce qu’il veut, et on passe dix minutes à négocier le mot. Un chiffre se pose. Il n’est ni bon ni mauvais, il est un point sur une ligne. Et il permet la question qui suit, la seule qui compte : pourquoi ce chiffre, et pas un plus bas.

« Qu’est-ce qui fait que c’est un 4 et pas un 2 ? » La personne nomme ce qui marche déjà. C’est la question qu’on ne pose jamais, parce qu’on cherche d’abord ce qui ne va pas. Or ce qui marche déjà, c’est le matériau du pas suivant.

Les trois questions de l’échelle

  1. Où en es-tu, de 1 à 10 ? Sans définir les bornes trop précisément : la personne les pose elle-même, et c’est une information.
  2. Qu’est-ce qui fait que c’est ce chiffre, et pas un plus bas ? On regarde ce qui tient, pas ce qui manque.
  3. À quoi verrais-tu que tu es passé au chiffre d’après ? Pas à 10 : au suivant. C’est la porte vers le +1.

L’échelle en collectif

Posée à un groupe, l’échelle fait apparaître les écarts avant qu’ils ne s’expriment en conflit. « Sur cette décision, de 1 à 10, à quel point est-elle applicable chez vous ? » Chacun écrit son chiffre, puis on les lit. Un 8, trois 6, un 2. Le 2 n’est pas un problème : c’est l’information que le vote aurait cachée. On lui demande ce qui ferait 4, et la décision en sort meilleure. C’est l’échelle collective du deuxième jour de la formation L’art de la question, suivie du +1 d’équipe.

Ce qu’il ne faut pas en faire

  • Un outil de notation. Si le chiffre sert à évaluer la personne, elle donnera 8 pour avoir la paix. L’échelle ne mesure pas la personne, elle situe une situation.
  • Une course au 10. « Qu’est-ce qu’il faudrait pour être à 10 ? » décourage. Le chiffre d’après suffit.
  • Un chiffre contesté. « Un 4 ? Je dirais plutôt 6. » Vous venez de reprendre la conversation. Le chiffre appartient à celui qui le donne.

Le guide complet : l’art de la question. Pour voir l’échelle à sa place dans la conversation entière : OPPA, une conversation en quatre temps.

Un exemple complet, en entretien

Un chef de projet, sur un dossier qui traîne. « Tu en es où, de 1 à 10, sur ce dossier ? » « 4. » Silence. « Qu’est-ce qui fait que c’est un 4 et pas un 2 ? » « Le client a validé la première phase, et l’équipe est encore motivée. » « À quoi tu verrais que tu es passé à 5 ? » « Si j’avais une date de réunion avec le client pour la phase deux. » « Qu’est-ce qui ferait ça cette semaine ? » « L’appeler plutôt que lui écrire, et lui proposer deux créneaux. » Quatre questions, un +1, aucun conseil. La semaine suivante, la conversation reprend par la même question, et le chiffre dit si le pas a été fait.

L’échelle avec soi-même

Elle sert aussi avant d’entrer dans une salle. « Sur cette réunion, de 1 à 10, à quel point je sais ce que je veux obtenir ? » Un 3 signifie qu’il faut d’abord répondre à la question qu’on se pose à soi-même, et fabriquer la question d’ouverture ensuite. Un 8 signifie qu’on peut y aller. C’est le même outil, retourné : on situe une situation sans se juger, et on regarde ce qui ferait le chiffre d’après.

Questions fréquentes

D’où vient la question de l’échelle ?

Des approches orientées solution, qui l’utilisent depuis longtemps pour situer une personne sans la juger. La formation la reprend comme troisième temps d’OPPA, en face-à-face puis en collectif.

Et si la personne refuse de donner un chiffre ?

C’est rare, et c’est une réponse. On n’insiste pas, on demande ce qui rend le chiffre difficile à donner. La conversation est déjà en cours.

L’échelle marche-t-elle avec une équipe de direction ?

Oui, et c’est souvent là qu’elle produit le plus : les écarts entre les chiffres disent ce que le tour de table ne dit jamais.