La conversation a été bonne. La personne a parlé, vous avez écouté, vous avez compris. Elle repart. Et il ne se passe rien, parce que rien n’a été décidé. Une conversation sans pas suivant est un bon moment. Ce n’est pas un levier.
Le +1 est le quatrième temps d’OPPA, Avancer. Pas un plan, pas dix actions : le pas concret suivant, choisi par la personne elle-même. C’est ce qui transforme une conversation en mouvement.
Pourquoi un seul pas
Parce qu’un seul pas se fait. Dix actions se notent et se perdent. Le +1 est petit, daté dans la tête de la personne, et il est à elle. Quand on sort d’un entretien avec un +1, on sait quoi faire lundi. Quand on sort avec un plan, on sait ce qu’on devrait faire un jour.
Et parce que le pas suivant révèle la direction. Quelqu’un qui choisit « appeler le client » plutôt que « lui écrire un mail » dit quelque chose sur ce qu’il veut vraiment. Le +1 est une décision, pas une tâche.
La question qui le fait sortir
« Qu’est-ce qui ferait passer de 4 à 5 cette semaine ? » Elle vient après l’échelle, et elle a trois propriétés. Elle est petite : du chiffre au suivant, pas au 10. Elle est datée : cette semaine, pas un jour. Elle est ouverte : la personne choisit. Si la réponse est « je ne sais pas », on attend. Si elle est « tu devrais me dire », on repose la question autrement : « qu’est-ce que tu as déjà envie d’essayer ? ».
Le +1 qu’on ne doit pas donner
C’est le réflexe le plus dur à défaire en formation : proposer le +1 soi-même. « Tu devrais l’appeler. » La personne acquiesce. Vous venez de reprendre la conversation, et le pas vous appartient : si elle ne le fait pas, elle vous a désobéi, pas elle-même. Le +1 proposé par le manager produit un collaborateur qui attend le prochain. Le +1 choisi par le collaborateur produit un collaborateur qui décide.
Le +1 d’équipe
En réunion, le +1 change de forme : un pas que le groupe choisit, et un nom devant. « Quel est le premier pas, et qui le fait avant vendredi ? » C’est la dernière question d’une réunion qui décide, après la question de décision, « qui ne peut pas vivre avec ? ». Une réunion qui finit par un +1 d’équipe produit un engagement. Une réunion qui finit par « on se tient au courant » produit la réunion suivante.
En formation
Dans la formation L’art de la question, chaque conversation d’entraînement en trio va jusqu’au +1, et l’observateur vérifie une chose : le pas vient-il du questionné ? L’évaluation finale est une conversation OPPA de quinze minutes qui doit se terminer par un +1 réel, sur une situation réelle. C’est le critère. Le guide complet : l’art de la question.
Cinq +1 réels, et ce qu’ils disent
- « Appeler le client plutôt que lui écrire. » La personne a choisi le contact direct : elle a confiance dans la relation, pas dans le dossier.
- « Demander une réunion à mon manager. » Le blocage n’était pas technique, il était hiérarchique. Le +1 l’a dit sans qu’on le demande.
- « Écrire la question-titre de la réunion de jeudi. » Un manager qui choisit ce pas-là a compris que sa réunion n’avait pas de question.
- « Dire non à la demande du service voisin. » Le plus petit pas est parfois un refus. Il libère la semaine.
- « Proposer deux dates. » Le pas le plus banal, et celui qui débloque le plus de dossiers.
Aucun de ces pas n’est grand. Tous ont été faits, parce que la personne les avait choisis et datés dans sa propre phrase.
Le +1 et la conversation suivante
Le +1 n’est pas une fin, c’est le point de départ de la conversation d’après. Elle commence à Placer : « tu en es où, de 1 à 10 ? ». Si le chiffre a bougé, on demande ce qui a fait bouger. Si le pas n’a pas été fait, on ne demande pas pourquoi : on demande ce qui l’aurait rendu possible, et on choisit un pas plus petit. Trois conversations de ce type, et la personne n’attend plus la conversation pour faire le pas.
Dans la même série : l’art de la question
- Écoute active et questionnement : par quoi commencer
- « Et quoi d’autre ? » : la relance la plus rentable
- L’échelle de 1 à 10 : la question qui situe sans juger
- Entretien avec un collaborateur : faire grandir plutôt que conseiller
- Quand le groupe tourne en rond, se tait ou s’oppose : la question qui débloque
- La question qu’on se pose à soi-même avant de questionner les autres
Le guide complet : l’art de la question · La formation : deux jours, méthode OPPA.
Questions fréquentes
Et si le +1 choisi est trop petit ?
Il n’existe pas de +1 trop petit. Un pas fait vaut plus qu’un plan pensé. Le pas suivant viendra à la conversation suivante, et il sera plus grand parce que le premier a été fait.
Faut-il noter le +1 ?
La personne le note, pas vous. Si vous le notez, il devient votre suivi. La conversation suivante reprend à Placer : « tu en es où, de 1 à 10 ? », et le +1 se vérifie tout seul.
Le +1 marche-t-il avec quelqu’un qui ne veut pas avancer ?
Le +1 n’oblige à rien. S’il ne sort pas, c’est que Projeter a été sauté : la personne n’a pas décrit ce qu’elle veut voir. On y revient avant de chercher un pas.