« Tout le monde est d’accord ? » Hochements de tête. Fin de réunion. Trois semaines plus tard, la décision n’est pas appliquée, et chacun explique qu’il avait des réserves. Il les avait. Personne ne les lui a demandées.
La question qui clôt une décision décide de ce qu’elle vaut. Et « tout le monde est d’accord ? » est la pire qui soit, parce qu’elle ne peut produire qu’un oui.
Pourquoi « tout le monde est d’accord ? » ne marche pas
Parce qu’elle est fermée, et que le oui est gratuit. Dire non devant douze personnes coûte cher : il faut argumenter, s’exposer, retarder tout le monde. Dire oui ne coûte rien sur le moment. Alors on dit oui, on sort, et on fait comme on veut. La décision était unanime. Elle n’était portée par personne.
« Qui ne peut pas vivre avec ? »
La question change de sens. On ne demande plus l’adhésion, on cherche l’objection réelle, celle qui empêcherait d’appliquer. Et on la rend légitime : celui qui lève la main ne bloque pas, il protège la décision. Dans la plupart des cas, personne ne lève la main, et le oui vaut alors quelque chose. Quand quelqu’un la lève, on a gagné trois semaines.
C’est la question de décision du quatrième module de la formation L’art de la question : faire converger sans forcer. Elle s’accompagne de deux autres outils. L’échelle collective : « où en sommes-nous sur cette décision, de 1 à 10 ? », qui fait apparaître les écarts avant le vote. Et le +1 d’équipe : l’engagement concret, choisi par le groupe, qui transforme une décision en premier pas.
Converger n’est pas forcer
Forcer, c’est obtenir un oui. Converger, c’est obtenir une décision que le groupe appliquera. La différence se joue dans la question, et dans ce qu’on fait de la réponse. Quand quelqu’un ne peut pas vivre avec, on ne le convainc pas : on lui demande ce qu’il faudrait changer pour qu’il puisse. Souvent peu de chose. Et la décision en ressort meilleure.
Cette logique est celle de la décision par consentement, dont le déroulé est détaillé dans cet article sur consentement et consensus. La question de décision en est la clé. Le guide complet : l’art de la question.
La séquence complète, en fin de réunion
- Relire la question-titre. « On cherchait à quoi verrait-on que les dossiers passent sans friction. Voilà ce qu’on a produit. »
- Placer le groupe. « De 1 à 10, à quel point cette proposition est applicable chez vous ? » Chacun donne un chiffre. Les écarts apparaissent avant le vote.
- La question de décision. « Qui ne peut pas vivre avec ? » Silence tenu. Une main se lève, ou pas.
- Traiter l’objection. « Qu’est-ce qu’il faudrait changer pour que tu puisses vivre avec ? » On ajuste, souvent peu.
- Le +1 d’équipe. « Quel est le premier pas, et qui le fait avant vendredi ? » La décision devient un engagement.
Dix minutes. C’est plus long que « tout le monde est d’accord ? ». C’est trois semaines de moins que la décision qu’on reprend parce qu’elle n’a pas été appliquée.
Pourquoi on force sans s’en rendre compte
Parce que le silence après « qui ne peut pas vivre avec ? » est inconfortable, et qu’on le coupe par « bon, personne, on valide ». Deux secondes. L’objection réelle met plus de temps que ça à se formuler. Parce qu’on regarde le dirigeant en posant la question, et que le groupe lit la réponse attendue sur son visage. Et parce qu’on pose la question à la fin, quand tout le monde veut sortir. La formation travaille ces trois points sur vos réunions réelles, en mise en situation devant le groupe. Pour un dirigeant, c’est le moment de la semaine qui change le plus : la formation vue par un dirigeant.
Dans la même série : l’art de la question
- OPPA : ouvrir, projeter, placer, avancer. Une conversation en quatre temps
- Remplacer le tour de table par une question qui fait penser
- Fabriquer une question avant de la poser : intention, cible, forme, test
- 100 questions puissantes : comment s’en servir sans les réciter
- Écoute active et questionnement : par quoi commencer
- « Et quoi d’autre ? » : la relance la plus rentable
Le guide complet : l’art de la question · La formation : deux jours, méthode OPPA.
Questions fréquentes
Et si personne ne répond à « qui ne peut pas vivre avec ? »
Comptez jusqu’à dix. Puis passez par l’échelle : « de 1 à 10, à quel point cette décision est applicable pour vous ? ». Les notes basses parlent quand les mains ne se lèvent pas.
Un dirigeant ne doit-il pas trancher plutôt que questionner ?
Il tranche à la fin. La question de décision lui donne les objections avant de trancher, pas après. Le dirigeant qui demande « tout le monde est d’accord ? » tranche sans savoir.
Ça marche aussi à distance ?
Oui, mieux même : la question écrite dans le chat, et chacun répond sans voir les autres. Le oui gratuit est plus difficile quand il faut l’écrire.